Korla/Turfan

Les derniers contreforts de la montagne Tian Shan avancent à pas très lents pour enfin s’arrêter dans les sables du Taklamakan et nous ouvrir la route conduisant au désert de Gobi. Déserts de pierres et sables se conjuguent aux temps des oasis alimentées en eaux par le système millénaire des puits Karez. Trous forés à mains d’hommes et de femmes tous les dix mètres pour creuser des canaux souterrains conduisant l’eau en pente douce vers un grand réservoir d’irrigation. Officiellement, le réseau des puits Karez constitue l’une des trois grandes œuvres de Chine avec la Grande Muraille et le Grand Canal de Beijing à Hangzhou. Aujourd’hui, seulement deux cents puits sont en état de marche contre quatre cents il y a quelques années. La modernisation du système d’alimentation en eau ainsi que l’exode des jeunes en ont eu raison. La famille, qui nous a servi des plats orientaux abondamment enrichis de raisins secs dont la préparation est, elle aussi, de tradition millénaire, s’est désolée de ces départs tout en trouvant qu’il s’agissait d’une bonne chose, compte-tenu de la consanguinité existant dans les vallées ouïghours de cette région.
Cette terre est un espace de contrastes. Ici, les ruines de la citadelle Jiaohe fondée il y a plus de deux mille deux cents ans. Ruines où les couleurs valsent encore sur les pieds des bouddhas. Où l’homme tout à coup retourne son passé et le musée, là-bas, qui conserve les objets retrouvés et les met en valeur à renfort d’informatique ultra sophistiquée. Enfin, là-bas encore, sur ces charrettes, toutes ces femmes au marché, voilées, qui semblent tourner le dos à la modernité.