Matisi

Après le désert viennent les cultures irriguées. Le vert pose enfin sa couleur sur la terre et sa sournoise grenaille. Face à nous, des parois verticales. Y sont installés des refuges -cellules troglodytes des moines- ainsi que des temples. L’accès aux salles de prières est acrobatique. Il convient pour certains temples de réviser nos pratiques de varappe pour escalader les marches qui ont été creusées dans les murs. Heureusement les moins hardis accèderont aux lieux de prière en toute sérénité. Les nonnes vendent timidement de jolis nœuds infinis de bonheur, et là-haut, un moine passe et repasse, à chacun de nos passages, sa serpillère sur les marches d’accès au temple tibétain.
Ce soir nous camperons face aux montagnes dont on écrit les noms compliqués dans un alphabet vierge. Les neiges rejoignent l’horizon mais les arbres nous protègent de l’air cinglant de la nuit. Les tentes sont rapidement montées. Maintenant c’est une question d’habitude…L’équipement et la batterie de cuisine, les tables pliantes etc…. Tout aussi vite. La discussion entre Rose et Li Xa notre chauffeur est animée autour de la réalisation de la recette…Questions d’épices, de cuisson etc…A dire vrai, quoiqu'il en soit, nous savons que le résultat sera excellent. Ce que, sitôt servis, nous avons vérifié. Tables débarrassées et vaisselle collective faite, ce soir c’est le tour des hommes, il ne nous reste plus qu’à rameuter les rayons de lune pour percer les ténèbres. Azur en poche pour attendre le matin, nous écoutons le bruit des ailes, les frôlements des moutons le long des toiles, les échos de torrents. Nous ne nous soucions plus du temps, le soleil saura nous réveiller.