Tongren/Xiahe

Ici, traditionnellement, ce sont les hommes qui réalisent la peinture des tankas. Ici ? Nous sommes à Tongren. Tongren est une des capitales de l’art tibétain « regong » des tankas. Les jeunes artisans, tout comme les moines, produisent ces peintures sacrées. Servant à la méditation, elles représentent le plus souvent l’enseignement du bouddha ou des grands maîtres du bouddhisme et des mandalas (représentation mystique et symbolique du paradis bouddhique). 

Notre jeune hôte nous explique avec fierté et enthousiasme que ses parents et arrières grands parents étaient des peintres reconnus. Il en perpétue la tradition. Il reçoit des commandes de tous les monastères et de la Chine entière. Est débordé et recours, à chaque fois que nécessaire, au savoir-faire féminin. Si, comme nous l’avons vu, les tankas sont de vocation spirituelle ils peuvent aussi revêtir un caractère plus profane, voire contenir des chartes de médecine. Ceci est tellement vrai que notre jeune peintre nous a raconté une anecdote à ce sujet. Un jeune sinologue français connaissant parfaitement l’art bouddhique dont il fait commerce lui a passé commande d’un tanka représentant la jeune tibétaine dont il était épris. Il souhaitait la voir figurer au centre d’une composition entourée de déesses et de boddhisattvas. Le peintre refusa. Le jeune sinologue fit assaut de conviction et…sortit une impressionnante liasse de billets. Rien n’y fit. Le peintre refusa encore. Il accepta seulement de peindre la jeune femme entourée de nuages. Autrement dit, la peinture peut être profane mais pas à n’importe quel prix. On pourrait ajouter : pas à n’importe quel prix et dévoiement! Mais à la réflexion comment s’empêcher de penser : "pour combien de temps encore, avec la demande de plus en plus pressante des chinois?".