Xiahe/Linxia

C’est la ronde infinie. Les moulins à prières des murs d’enceinte de Labrang n’en finissent pas de tourner et gémir. Paumes jointes en vasques sur leur front, les mains des pèlerins marquent « ciel, parole, cœur » puis glissent sur le sol. Les gestes sont répétés comme pour les laver de tous péchés préparant à un meilleur karma. Cette ferveur est émouvante. D’autant que les visages, creusés par la fatigue, n’en finissent pas de sourire. Engoncés dans leur cape épaisse de laine -de bure pourrais-je dire- couverts de poussière, portés par une inébranlable foi, les pèlerins répètent à l’envi leurs prières. 

Une fois pénétré dans le monastère, l’on repère ici ou là des portraits du Dalaï Lama qui seront recouverts d’écharpes blanches en cas de visite officielle d’un dignitaire chinois. Il s’agit de sauver les apparences. En ce lieu l’intelligence politique l’emporte dans les deux parties. 

Les pourtours du monastère de Labrang sont occupés par des magasins de vente d’objets de culte …tenus par des musulmans et de petits restaurants dirigés…par les mêmes. S’y rencontrent des touristes et des moines. Une fois quitté Labrang et ses 2900 mètres nous nous dirigeons vers Linxia « la petite Mecque » comme la surnomment fièrement ses habitants. A Linxia le commerce est florissant comme dans tous les grands carrefours de la route de la soie. Vendeurs ambulants de fruits et légumes, échoppes rappelant les souks nous transportent en Orient. Les mosquées aux allures de pagodes, dont la cour intérieure ressemble à s’y méprendre aux salles d’audience des mandarins Ming, sont nombreuses. Et là-bas, en retrait, perchés ou creusés dans les .falaises des plateaux de lœss, les temples taoïstes nous tirent leur révérence.